Quelques pistes pour relancer l’emploi des seniors

Photo de l'auteur
Par Guillaume M.
Expert Akigora

Label, Index ou aide financière ? Alors que les actifs sont appelés à travailler plus longtemps, les entreprises sont à la peine sur l’emploi des seniors. Plusieurs experts, DRH, consultants, économistes, politiques, ont, d’ores et déjà, planché sur le sujet pour résoudre ce casse-tête. Des pistes que la mission senior devrait examiner avec attention.

 

Un Index seniors

C'est l'une des mesures chocs proposées par l’ANDRH. Calqué sur le modèle de l’Index égalité femmes/hommes, il viserait à inciter les entreprises à jouer la carte senior. "Le gouvernement renvoie vers les entreprises la responsabilité de travailler plus longtemps. Or, elles ne savent pas faire", alerte Benoît Serre, le vice-président de l’association qui souhaite ériger ce sujet aux rangs de grande cause nationale. D’où l’idée d’une "obligation de résultats pour accélérer la sensibilisation". Cet Index pourrait reposer sur des critères comme le taux de formation, le taux d’emploi, la mobilité interne, le turnover des seniors. "Un indicateur facilement mesurable, contrairement à la discrimination liée à l’origine (les statistiques ethniques étant interdites)", indique Yannick l’Horty, professeur à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, directeur de la fédération Travail, emploi et politique publique du CNRS. Au-delà, cet économiste préconise d’étendre cet Index au niveau des branches professionnelles pour connaître le poids des seniors, secteur par secteur.

Un label

Keolis Seine Val-de-Marne (transport de voyageurs), Bonabio, (import de fruits exotiques) NGE (travaux publics) … Ces entreprises se sont vu décerner le label Emploi 45+, lancé par le comité de bassin d’emploi Sud 94. A l’origine de cette initiative lancée en mars dernier et destinée à devenir nationale ? Daniel Pigeon-Angelini, directeur du comité de bassin d’emploi 94, ex directeur associé d'Alixio. "On s’est rendu compte qu’à 50 ans, bien peu d'entreprises ont envie de vous embaucher. Or, il reste 15 ans à travailler. Et 15 ans, c’est trois postes". L’objectif ici est d’identifier et de valoriser les entreprises ouvertes aux recrutements de plus de 45 ans du département (état des lieux des recrutements des seniors, de leurs modalités d’embauche et d’intégration).

Ce label est soutenu notamment par la Direccte, le département, la région Ile-de-France, le Medef 93/94, la chambre de commerce et d’industrie et Pôle emploi. L’idée a également été reprise par commission des affaires sociales du Sénat, dans son rapport "Le défi des fins de carrière", publié le 25 septembre. "Pour des postes de chauffeurs et de médiateurs, le profil senior correspond à nos attentes, assure Patrice Chautard, directeur opérationnel de Keolis Seine Val-de-Marne (346 personnes). Nous avons besoin de gens matures, pondérés pour respecter les règles de sécurité et dénouer les tensions voire faire face aux éventuelles incivilités des usagers". L’entreprise compte 41,69 % de salariés plus de 45 ans, contre 38,18 % en 2018. La dernière recrue a même 63 ans. NGE France, de son côté, a travaillé sur la mobilité interne des seniors, via des bilans de compétences, en proposant de postes "en formation, en bureau d’études, d’expertise, et en logistique".

 

Une task force d’experts

Mettre en place une task force d’experts au service de l’entreprise : c’est le pari lancé, en 2013, par un groupe d’ingénierie avec "les Space cowboys". Soit 21 seniors en CDI âgés de 45 à 67 ans, parlant plusieurs langues, mobiles, ayant peu de contraintes familiales et un fort niveau d’expertise. Points forts ? Ils sont capables de répondre aux appels d’offres internationaux et de travailler à l’étranger. Ils peuvent aussi remplacer, suppléer, ou assister en interne, exclusivement dans leurs domaines de compétences, n’importe quel chef de projet complexe et à la demande : projets de sûreté nucléaire, Eole, Iter….

Au préalable, "ils doivent avoir fait le deuil de toute ambition hiérarchique et de responsabilité business, assure Hubert Labourdette, vice-président des opérations stratégiques du groupe, à l’origine de cette initiative. Ils doivent avoir l’envie de se réaliser autrement". En contrepartie, ils disposent de plus d’autonomie que leurs cadets. "C’est à eux de trouver leur propre mission plutôt que d’attendre une demande". Et leur prime de fin d’année est conditionnée à leur taux d’activité ; elle peut subir une "décote" si leur temps "de non-occupation" (ou d’inter-mission) est inférieure à 5 % de leur temps de travail.

 

Élargir les emplois francs aux plus de 45 ans

Constatant que "les plus de 45 ans représentent 37 % des demandeurs d’emploi du comité de ce bassin d’emploi de Rungis Sud Val-de-Marne et qu’ils restent au chômage plus longtemps", Daniel Pigeon-Angelini, directeur du comité de bassin d’emploi 94, ex directeur associé d'Alixio conseille d’élargir ce dispositif aux demandeurs seniors au chômage depuis plus d’un an. Actuellement, il vise à favoriser l’embauche de chômeurs des quartiers prioritaires de la politique de la ville, sans condition d’âge, et devrait être généralisé en 2020 sur l’ensemble du territoire, selon le projet de budget du ministère du travail. Avec à la clef, une aide de 15 000 euros sur trois ans alloués aux entreprises qui recrutent en CDI un habitant de ces quartiers, à condition qu'ils soient inscrits en catégorie A, B ou C à Pôle emploi. Le coup de pouce est de 2 500 euros par an pendant deux ans pour un CDD de plus de six mois.
Source : Le Monde, 28 Octobre 2019